Peut-on faire échec à l’échec scolaire par les échecs ?

Faut-il jouer aux échecs à l’école ? Ce jeu a-t-il sa place dans les programmes de l’enseignement ? Veut-on introduire les échecs à l’école pour encourager les enfants surdoués et leur permettre d’aller plus loin, ou pour aider les élèves de niveau moyen à améliorer leurs résultats scolaires ? Peut-on même prétendre que les échecs peuvent servir les élèves en échec scolaire en leur permettant de retrouver l’estime d’eux-mêmes par la pratique de ce jeu et être motivés pour mieux faire ?

S’il est plus facile de répondre aux trois premières questions par l’affirmatif vu que le jeu d’échecs a pour objectifs de développer la réflexion, le raisonnement, la concentration, et la mémoire chez l’enfant, la dernière question mérite de notre part plus de réflexion et d’analyse.

Les expériences de plusieurs joueurs nous ont démontré qu’on n’ pas besoin d’être un petit génie des mathématiques pour jouer aux échecs. Même les enfants ou adolescents en situation de quasi échec–scolaire sont susceptibles d’y parvenir. Dès lors, une fois la confiance en soi restaurée, les échecs ouvrent la voie vers d’autres horizons d’autant plus facilement qu’ils mobilisent des compétences utiles dans toutes les matières.

Les enfants en échec scolaire manquent en général de motivation pour fournir des efforts dans leurs études, alors que plusieurs raisons conjuguées font des échecs une discipline motivante de toute première qualité.

En effet, être motivé, c’est comprendre la finalité d’une démarche et l’inscrire dans un processus évolutif. Or, les règles institutionnelles de l’école sont peu connues par les élèves. Quand on joue aux échecs, le gain d’une partie s’obtient avec » l’échec et mat ». La réussite s’inscrit dans une démarche explicite où la finalité est clairement déterminée, indispensable pour une réussite scolaire.

Avec la médiation du jeu d’échecs, les enfants s’évaluent, se jaugent. Ils régulent leur comportement, maîtrisent leurs émotions, acceptent la défaite, porteuse de futures réussites (elle fait partie du jeu).

Une partie est évolutive : la fatalité n’existe pas : on peut renverser une situation si l’on est déterminé, conscient que l’on est, en l’occurrence, le seul acteur véritablement responsable de sa victoire. On stimule ainsi sa combativité.

Certains échecs scolaires sont dus au manque d’impatience chez l’élève qui peut se manifester dans le fait qu’il devient incapable de supporter la durée des cours, la nécessité de révision, la difficulté des examens, ou même le long parcours des études avant d’être diplômé.

La patience fait donc défaut chez ces enfants.

Alors qu’aux échecs, les enfants découvrent la vertu du temps, de ce temps nécessaire au bon déroulement du jeu. Condition de la réussite, la patience devient une de leurs qualités.

Les plus grands, ceux qui jouent à la pendule (temps équitable et limité) sont amenés à gérer efficacement le temps imparti et à temporiser. Cette gestion du temps de jeu pourra aisément se transposer à tout autre domaine (examens, organisation de son travail à la maison …).

En dehors des règles élémentaires, il existe aux échecs des principes généraux à respecter, qui incitent à la réflexion, freinent l’impulsivité…

Avec les règles, l’enfant structure son plan, se structure socialement et découvre la nécessité de respecter d’autres règles, des lois, de bonnes relations entre individus.

En acceptant la défaite, en la relativisant, l’enfant apprend à surmonter les obstacles et bénéficier de ses expériences. Sachant qu’il apprend plus de ses erreurs que de ses succès, ce sont ses propres capacités intellectuelles qui se construisent ainsi peu à peu.

Ainsi le jeu d’échecs peut contribuer à lutter contre l’échec scolaire, à travers une pédagogie de la réussite, où la motivation des apprenants permet d’effectuer une remédiation.

Plus que la motivation, les échecs peuvent développer les qualités d’attention, de concentration, de jugement, de planifacation, d’analyse, d’imagination, de créativité, de maîtrise de soi, de volonté de vaincre et de réussite, ou même de résister face aux difficultés, de courage et d’esprit de décision, d’esprit d’analyse et de synthèse, d’organisation méthodique de l’étude …

La question qui restera posée : Est-ce que tous les élèves en échec scolaire peuvent améliorer leurs résultats scolaires grâce aux échecs ?

Prétendre une telle proposition c’est comme faire des échecs une barre magique pour résoudre tous les problèmes, et avec des objectifs et critères fixés d’avance.

Mais pour essayer de répondre à cette question, on peut dire que même si les échecs ne peuvent pas faire échec et mat à tous les échecs scolaires, ils auront tout de même le mérite de permettre à ces enfants d’être valorisés et retrouver la confiance et l’estime d’eux-mêmes, de développer le sens de responsabilité, de s’imaginer des ambitions à travers les échecs, de mieux analyser leurs situations, de découvrir leurs points faibles et leurs points forts, de connaître leurs capacités et leurs compétences, de chercher à les développer, d’ouvrir la voie vers d’autres apprentissages, et donc de planifier et réussir sa vie autrement.

 

A propos de Said Arif

Rédacteur en chef du site
Pour marque-pages : permalien.

Les commentaires sont fermés.