Pourquoi vouloir intégrer le jeu d’échecs dans les écoles

Selon A.Noble : « L’enfant a une curiosité quasi spontanée pour ce jeu et les expériences menées dans les écoles tendent à prouver que le jeu d’Échecs peut aider au développement de l’enfant. »

La pratique du jeu d’échecs peut présenter plusieurs avantages, tant pour la formation de l’esprit citoyen que pour la construction de l’esprit scientifique de l’élève. Certains pensent que les échecs sont réservés à un groupe de personnes. Même le débutant peut prendre plaisir à jouer, à condition d’équilibrer la partie en lui proposant un adversaire de son niveau. Des élèves ayant des difficultés scolaires peuvent ainsi être valorisés et retrouver l’estime d’eux-mêmes par ce jeu.

I- Apports éducatifs : Les valeurs éducatives apportées par le jeu d’échecs sont principalement : • Apprendre à respecter les règles • Apprendre à respecter l’autre • Apprendre l’humilité

C’est à son insu que le joueur intégrera progressivement ces valeurs, en prenant plaisir à jouer. Cette notion de plaisir est très importante.

A. Respect des règles :

Les règles du jeu sont simples, peu nombreuses, non discutables. Basées sur des notions mathématiques, comme la position de la pièce, les règles de déplacement et d’attaque, tous les cas sont prévus : il ne peut y avoir d’interprétation par l’un ou l’autre joueur. Le joueur ne ressent pas ces règles comme une contrainte, mais plutôt comme l’élément indispensable qui lui donnera du plaisir à jouer.

Le plaisir aux échecs, c’est d’analyser une situation et de construire un raisonnement en vue d’améliorer sa position par rapport à celle de son adversaire. Ce raisonnement doit, comme dans une démarche scientifique1, se plier à des règles. Les règles sont pleinement acceptées, ou alors, le jeu perd tout intérêt. Point fondamental, les règles ne laissent aucune place au hasard. En début de partie, les deux joueurs savent qu’à priori, ils ont les mêmes chances de gagner. Impossible pour le perdant de justifier sa défaite par le manque de chance ! Les règles assurent l’égalité entre les deux joueurs, elles ne sont pas là pour pénaliser l’un d’entre eux. Implicitement, ils comprennent que les règles sont un élément de justice.

On conçoit dès lors facilement que les échecs peuvent servir d’élément socialisant, notamment auprès de jeunes en mal d’intégration. Non seulement ils seront valorisés par ce jeu, mais pour prendre du plaisir à jouer, ils devront respecter des règles strictes. Consciemment ou inconsciemment, l’élève s’apercevra qu’il peut y avoir du bon à suivre des règles sans les remettre systématiquement en cause. Gageons que cela le conduira, à son insu, à mieux comprendre la nécessité d’autres règlements : le code de la route, le règlement intérieur du collège…

B. Respect de l’autre :

Le plaisir de chaque joueur est étroitement lié à la qualité de la partie. Cette qualité dépend des deux joueurs, non pas de l’un d’entre eux uniquement. Chaque joueur a besoin de l’autre. Les parties équilibrées sont les plus intéressantes : le joueur qui veut gagner doit se surpasser et surtout ne jamais sous-estimer son adversaire.

Un joueur croit souvent pouvoir facilement remporter une partie jusqu’à ce qu’un coup fatal renverse complètement la situation. Si le joueur joue ses coups crânement, sans trop regarder ce que prépare son adversaire, il a de très grandes chances de perdre la partie. Le respect de l’autre devient une condition nécessaire à la victoire. Celle-ci est le résultat d’un combat intellectuel, non violent. C’est une grande découverte pour un jeune habitué à régler ses problèmes par les coups. Là aussi cet acquis se répercutera dans son comportement avec les autres.

C. Apprentissage de l’humilité :

Tout joueur est confronté un jour ou l’autre à la défaite et il doit être prêt à l’accepter. La défaite, bien exploitée, est d’une grande valeur : elle oblige à remettre en cause sa stratégie, et ainsi à progresser en analysant ses erreurs. Pour le joueur, il est souvent plus intéressant de reprendre le déroulement d’une partie perdue que celui d’une partie gagnée. Le joueur peut ainsi étudier les options qu’il a choisies et qui l’ont conduit à la défaite, et quelles autres options auraient plutôt dues être choisies. Cette analyse lui montrera que sa défaite est due aux mauvais choix qu’il a pu faire à certains moments. Mais il se rendra compte aussi qu’il est capable de comprendre ses erreurs et qu’il ne tient qu’à lui de ne pas les refaire la prochaine fois. Au fil des parties, il s’apercevra rapidement qu’une attitude humble conduit bien plus sûrement à la victoire.

II- Apports pédagogiques :

Le jeu est valorisant pour des élèves en échec scolaire, à condition de jouer avec un adversaire de même niveau. La recherche de la victoire le pousse à rester concentré, à développer son esprit d’abstraction (les futurs coups se préparent dans la tête, sans toucher les pièces). A chaque coup, il doit analyser la nouvelle situation et faire la synthèse des options qui s’offrent à lui.

On le voit, cette démarche est très semblable à celle que lui demande l’enseignant. Par le jeu, il peut retrouver la motivation indispensable à tout apprentissage. Le développement de ses capacités de concentration, d’analyse et de synthèse se font à son insu, simplement parce qu’il prend du plaisir à jouer. Ce développement ne peut avoir que des répercussions positives sur l’apprentissage des disciplines scolaires.

Conclusion :

Selon une étude réalisée par Diakov, Petrovsky et Rudik, un bon joueur d’échecs peut acquérir un ensemble de qualités psychologiques et de compétences qui peuvent lui permettre de se valoriser, s’estimer et estimer les autres : « bon état de santé, nerfs solides, maîtrise de soi, faculté de distribuer son attention à des objets relativement sans liens, sensibilité à des situations dynamiques, esprit de type contemplatif, haut degré de développement intellectuel, caractère logique de la pensée mais dans le domaine expérimental, objectivité et réalisme, mémoire sélective, pensée synthétique et « sens positionnel », facilité à combiner, volonté disciplinée, grande activité des processus intellectuels, discipline des émotions et de l’affectivité, confiance en soi. »

A propos de Said Arif

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